LE PASSÉ, NOTRE AVENIR

Tout avait commencé une journée du patrimoine. Je m'étais fixé comme but d'aller visiter le château de Girecourt-sur-Durbion, où il devait y avoir une exposition d'anciennes (comprenez : anciennes voitures) d'avant-guerre. En chemin, je regarde la jauge de mon essence, et je me dis :
T - T - T - T. Encore 50 km. Je n'en aurai jamais assez. Remettre de l'essence me donne des sueurs froides, vu l'état délabré de mon compte en banque, et vu le tarif du carburant actuellement, presque plus que 2€ le litre pour du sans plomb. Quelle ironie, de renoncer à aller voir des belles voitures, faute de carburant.
Sur la route, je vois une pancarte Verrerie de Portieux. Quand j'étais plus jeune, je l'avais visitée, du moins des bâtiments où on pouvait voir des souffleurs de verre, il y avait une boutique, et j'avais récupéré des brisures de verre de toutes les couleurs. (Je les ai encore, je me suis servie de certaines pour mes créations de bijoux). J'arrive dans un village, presque un hameau, intitulé "verrerie de Portieux". Je ne me rappelais pas qu'il y aie un village, mais je vois une pancarte, Cristallerie des Arts. Ah, me dis-je, c'est là. Je m'enfonce dans une grande allée, bordée de chaque côté par des maisons qui ont les fenêtres grandes ouvertes, parce qu'on est un 20 septembre, mais qu'il fait 25 degrés. J'arrive au bout ... du monde. Une grande grille, verte, avec une pancarte décrépite "Cristallerie des Arts, fondée en 1705". La boite aux lettres est défoncée, et tout est clos. Grosse déception. Quel meilleur jour qu'une journée du patrimoine pour visiter une ancienne cristallerie? Mais non. Après avoir discuté avec un habitant, oui il y aura un musée, mais pas maintenant. (Peut-être à la St Glinglin, si tout va bien).
Quel dommage, un si beau patrimoine laissé à l'abandon. Partout dans le village, il y a des petits signes qui rendent hommage aux souffleurs de verre. S'ils soufflent encore, ils doivent souffler de dépit, que même les habitants leur tournent le dos, en ne s'occupant pas de valoriser ce qui devrait faire la fierté de la région. Pas sûre que cette mentalité par exemple, perdurerait en Alsace. En Alsace, il y aurait déjà des itinéraires touristiques qui feraient un détour par là, un souffleur de verre qui ferait des démonstrations toutes les heures, un marchand de saucisses, des heures de visite, une collecte de fond pour rénover les bâtiments, etc. C'est toute la différence entre les Vosges et l'Alsace, les Vosges sont à la traine pour la valorisation de leurs atouts touristiques, autres que naturels. (Cet avis n'engage que moi).
Bref, je respire un bon coup, et je m'apprête à rentrer bredouille. Mais au lieu de prendre le chemin du retour, je passe par Vincey, une commune voisine de Portieux. Je m'arrête pour regarder mon portable. Quand tout à coup, je suis frappée par la découverte et la vision d'une grande tour en briques rouges, avec une horloge, qui ressemble un peu à Big Ben de loin. En fait, mes yeux s'écarquillent en découvrant un énorme complexe de bâtiments en briques rouges. Il me fait immédiatement penser à d'autres bâtiments que j'ai vus au cours de mes voyages : la cour de justice de Madras (Chennai), en Inde. Le college anglais de Mumbai (Bombay). La gare de St Pancras, à Londres. Et même, Eton ou des bâtiments de Cambridge. Je vais bientôt comprendre pourquoi.
En fait, il s'agit d'une ancienne filature, qui est une construction anglo-française, unique en son genre en France. Je l'apprends en croisant par hasard un intervenant qui sort d'un des bâtiments, où se trouve une grande pancarte "musée des Arts Militaires". Nous discutons 5 minutes puis il me propose de faire un tour sur le lieu et de venir visiter ensuite le musée gratuitement, car nous sommes un dimanche, jour des patrimoines.
Je découvre une autre tour typiquement anglaise, avec des créneaux. Puis, une superbe cheminée industrielle ancienne en briques rouges. Un pont métallique. Les bâtiments ont des petits toits pointus et triangulaires, typiques des usines du 19ème. Le corps principal de bâtiment est énorme, et chose frappante, toutes les fenêtres sont murées. Je discute 5 minutes avec un particulier, qui possède une partie du lieu. Il m'apprend qu'un garage automobile, s'est aussi installé dans les lieux. Les bâtiments sont le long d'un chemin de fer, le chien se met à courir après le train ! Et il y a aussi une sorte de canal, entre le chemin de fer et le bâtiment. Je suppose qu'une filature, puis une cotonnerie, ont besoin d'eau pour fonctionner. Mais je n'en sais rien. C'est ce que j'aurais voulu apprendre .. La personne du musée me dit que tout le bâtiment a besoin d'être désamianté, et que "ça coûterait trop cher". Même discours du propriétaire. C'est impossible, il n'y a rien à faire, c'est foutu, etc.
Du coup, je me rabats sur le musée militaire. Tout au long de ma vie, j'ai conservé une forte aversion, pour tout ce qui touche aux guerres, et à la chose militaire. Il n'y a pas grand chose à dire quand on enseigne joyeusement la guerre à des jeunes de 20 ans, en leur occultant le principal : la guerre, ça tue. Ça ôte la vie. Et la vie est sacrée. Régulièrement, des gens redécouvrent que la guerre, ça tue, et ils en sont presque étonnés, comme si des millénaires de tueries n'avaient rien à nous apprendre. Je ne vois pas ce qui peut enthousiasmer un soldat, qu'il soit "futé" ou pas. Je ne comprends pas l'engagement pour la "patrie", au détriment d'une vie paisible d'apprentissage et de découverte de ce qu'elle peut nous réserver de beau. Je ne supporte presque pas la vue d'un fusil. Il n'y a pas plus profondément pacifiste que moi, bien que je sois très documentée sur tous les conflits qui ont agité la planète, grâce aux documents d'arte, et à mes longues études antérieures de normalienne.
Donc, disais-je, je suis la dernière personne à vouloir visiter un musée des Arts Militaires, même gratuitement. Mais je me suis forcée, et j'ai été ébahie devant ce musée.
1500 mètres carrés (insoupçonnables depuis l'extérieur) d'histoire avec un grand H. Un nombre incalculable de pièces, pourtant disposées d'une manière claire comme de l'eau de roche, et ordonnée, avec plusieurs axes, soit chronologiques, soit thématiques. Un musée que tout le monde devrait visiter, petits et grands, pour rendre hommage à nos aînés, ceux qui se sont battus pour réaliser l'impossible, ceux qui ont donné leur vie et leurs années pour ça. On ne larmoie pas, bien au contraire. On regarde défiler, impassible, toutes ces innombrables façons que l'homme a trouvées, pour se faire du mal à lui-même. Pour tuer son frère. C'est une leçon de vie, justement. C'est vertigineux. Les suivants, qui n'ont rien appris des précédents concernant le respect de la vie, se sont toujours battus "mieux". Avec des armes toujours plus sophistiquées et toujours plus puissantes. Avec toujours plus de munitions, de matériel, de véhicules, de technologie. Pour des idéaux humains. Pour des buts ultimes. La paix. La justice. La patrie. Le rétablissement de l'ordre.
Ce qui est très déprimant, en sortant du musée extraordinaire ("ça calme"), c'est de réfléchir 5 minutes et de se dire, que si la guerre est la chose la plus vieille que l'homme aie inventée, elle est forcément notre avenir. Elle perdurera, c'est un acquis permanent. Il y a eu des guerres. Il y a des guerres. Et il y aura des guerres. Et vous pouvez être l'être le plus pacifiste au monde, vous n'y pourrez rien. Vos récriminations seront perdues dans le cliquetis des armes qui se préparent à parler. "Si vis pacem, para bellum". (Végèce). Les gens qui ont fait les guerres, ont voulu la paix, mais ils n'ont pas eu la chance de l'expérimenter, pour la plupart, et c'est le paradoxe.
Bref, je vous invite à faire un détour touristique par ce musée, et c'est dommage qu'il ne soit pas ouvert toute l'année, juste de manière saisonnière.
Si vous êtes féru d'histoire, vous en avez là une bonne tranche, et si vous êtes comme moi, une personne sensible, le musée bien que documentant l'horreur, est tout à fait visitable sans que vous ayez des cauchemars ensuite. Je vous mets une tonne de photos, j'ai essayé d'enlever toutes celles où il y a des armes, pour ne pas être censurée sur internet ou par la plateforme, mais sachez qu'il y en a de toutes les sortes et de tous les calibres, presque une encyclopédie sur pied. Il y a aussi des chars à l'intérieur du musée. Une bonne visite à programmer le 11 novembre, et prévoyez quand même une comédie romantique à regarder pour vous laver la tête après la visite !!
Merci aux conservateurs pour une journée exceptionnelle.
Si tu veux la paix, prépare la Paix. (je change).
A bientôt !
SOPHIELDESIGN
Photos du musée des Arts Militaires, par SophieLDesign sur Flickr
La cour de justice de Madras
St Pancras, Londres
Le college anglais de Mumbai (Bombay)
Collier Amour (comme le fleuve) réalisé avec des bris de verre coloré de Portieux
Bague Sindbad, réalisée avec des bris de verre colorés de Portieux
Bague Vert Menthe en brisure de verre coloré de Portieux
Verres de l'ancienne cristallerie de Portieux, en vente dans ma boutique
Photos ©️ SophieLDesign, tous droits réservés.





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